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OSER LE DIRE


La DÉMAGOGIE persistante
de certains fonctionnaires stérilise les efforts de la
DÉMOCRATIE PARLEMENTAIRE.

Le parlement a voté le 15 février 2005 la LOI n° 2005-102 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Ce texte comporte de nombreux articles qui développent les directives qui permettront une vie meilleure pour tous les handicapés. Récemment notre président de la République a affirmé qu'il n'entendait pas repousser après 2015 l'application de cette loi. Je suis sceptique et vous le serez peut-être aussi en lisant ce qui suit.

Je n'évoquerai que l'article 45 qui traite de la chaîne du déplacement qui doit être ininterrompue. C'est évidemment un point très important pour tous les handicapés de pouvoir se déplacer sans encombre. Certes, nous savons très bien que l'accessibilité universelle ne pourra être obtenue car des lieux particulièrement difficiles d'accès ne pourront pas être rendus accessibles à tous les types de handicaps du fait même de leur configuration.

Mais cet article 45 a donné lieu à des textes d'application écrits par des fonctionnaires de divers ministères impliqués dans le problème du handicap. Et là, on trouve un peu n'importe quoi, comme si les responsables de ces rédactions étaient chargés de transformer les directives parlementaires en obstacles destinés à empêcher les handicapés de circuler, en mettant le maximum de mauvaise volonté dans leurs décrets, arrêtés ou circulaires, sans concertation avec les intéressés qui sont pourtant les mieux à même d'exprimer leurs besoins.

Dans certains cas, les divergences entre les rédacteurs rendent risibles les indications données. Pour exemple, les montées d'escaliers dont les marches ne sont pas traitées de la même manière dans le bâti et la voirie alors que les handicapés visuels ont les mêmes problèmes dans les deux cas. Dans le bâti les marches ont une hauteur de 17 cm, 16 dans la voirie. Dans le bâti tous les nez de marche doivent être contrastés et la première et la dernière contre marche de chaque volée sont contrastées. Dans la voirie seuls les nez de marche des premières et dernières marches sont contrastés. Le danger est le même mais allez donc le faire comprendre à des gens de mauvaise foi !

Dans d'autres cas, le refus est nettement exprimé. Seule la volonté du rédacteur compte, même s'il n'a aucune expérience en la matière, il ou elle impose ses principes. Des expérimentations ont lieu depuis quelques mois sur les différentes manières de guider les aveugles. Ce guidage devrait obligatoirement être couplé avec le repérage, mais pas question. Les ''testeurs'' ne peuvent que donner leur avis sur les matériels qui ont été choisis par le fonctionnaire qui, curieusement, exclus certains moyens les plus performants. De même on évite de reconnaître que le meilleur moyen pour informer les aveugles sur les multiples indications destinées aux piétons est de délivrer un message parlé. Cette technique très au point est déjà utilisée dans de nombreux lieux avec la satisfaction des utilisateurs.

Pourquoi ces réticences ? Un groupe politico-industriel maffieux, piloté par une multinationale du BTP, ne tient pas à ce que les produits techniques destinés à faciliter l'autonomie des handicapés échappent à sa domination commerciale, l'accessibilité étant considérée comme un marché juteux qui ne doit pas lui échapper. Et actuellement, ces technologies avancées ne lui appartiennent pas. Il faut donc empêcher ceux qui les détiennent de les commercialiser. En les excluant des essais ou en préconisant des moyens inopérants que les fonctionnaires sont obligés de mettre en avant, ce groupe espère se placer sur ce marché pour en retirer les meilleurs bénéfices. Les problèmes que rencontrent les handicapés ne l'intéressent pas.

Ce groupe a installé ses filiales un peu partout qui vendent des copies pas toujours bien réalisées en distribuant aux responsables des communes des ''aides'' non déclarées qui permettent de faire signer des engagements douteux. Copinage et corruption sont des atouts commerciaux bien utiles. J'ai été informé de ce fait et suis même intervenu sur un cas dont je ne peux citer ici la localisation. Les protagonistes d'un marché illégalement modifié ont dû faire machine arrière pour éviter le scandale.

Je vais donner un cas précis qui fera mieux comprendre le système. J'ai proposé pour le repérage et le guidage des aveugles une dalle en béton qu'utilise les Espagnols qui a plusieurs avantages : elle est très facilement repérable au pied ou à la canne, elle est sans danger pour tous les autres piétons, ne demande pas d'entretien et antidérapante même par temps de pluie. C'est une dalle de 30 centimètres de côté qui sort d'usine à 30 centimes d'euro pièce. Refus total de l'expérimenter de la part du CERTU (Centre d'Etudes sur les Réseaux ; les Transports, l'Urbanisme et les constructions publiques) comme de la DMA (Délégation Ministérielle à l'Accessibilité), selon les déclarations d'un de ses membres lors de la présentation de cette dalle à l'Hôtel de ville de Lyon en mars 2010. C'est pourtant une dalle de conception française que l'Espagne a adoptée pour ses qualités. Un point de remarque : les dalles podotactiles française de 42 centimètres de côtés installées devant les traversées piétonnes, dangereuses pour les personnes mal marchantes, sortent d'usine à 15 euro pièce. On comprend pourquoi les dalles ''espagnoles'' ne sont pas souhaitées en France. Et pourtant ce sont les meilleures pour le repérage et le guidage. (Vous trouverez des explications complémentaires dans la rubrique ''conseils aux municipalités'' du site de l'UNMV)

Un point curieux : lorsque j'ai pu exposer ce fait à un responsable d'une ville qui m'a écouté avec intérêt, dans la semaine qui suit, le contact est automatiquement coupé.

Je crois nécessaire de vous rapporter un fait troublant concernant ces dalles. Comme je ne parle pas l'espagnol, j'avais demandé à une personne de faire la transcription d'une lettre que je devais envoyer à un fabricant espagnol. Le 12 décembre 2009, j'envoie cette lettre par mèl à la traductrice. Le 15, n'ayant rien reçu je la fais contacter par l'ami qui m'a mis en relation. Réponse : elle a envoyé la transcription le 12. Je demande donc qu'elle me renvoie le texte sur l'adresse de l'UNMV et la mienne simultanément. Je ne reçois rien. Le 19 je demande alors qu'elle recommence et que mon ami et notre vice président m'adresse le message sur les deux adresses précitées. Au total donc 9 messages en une semaine partis de trois adresses différentes pour deux adresses différentes, toutes ces adresses sont chez ''orange'' ? Aucun de ces messages n'arrivera. Il y a vraiment l'intention de nuire ! Qui est derrière toutes ces magouilles ? Mais j'aurai quand même la lettre qui a ensuite été adressée au fabricant.

Veut-on réellement améliorer le sort des handicapés ? Pas sûr, avant tout : faire de l'argent avec l'accessibilité.

Le président Jean GREZAUD