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Une espèce en voie d'extinction : le bénévole

Louis Armand disait : " Lorsqu'on veut évoquer une expérience, il faut que ce soit la sienne car celle des autres ne peut se transmettre ". C'est donc de la mienne que vient le texte qui suit.

Je crois qu'il sera nécessaire rapidement de demander à l'U.N.E.S.C.O. l'inscription à la liste des espèces en voie d'extinction et donc protégée le ''bénévole commun''

Actuellement, l'administration française demande, dans de nombreux domaines, la participation des associations, faisant croire aux membres qui les animent qu'ils doivent avoir un rôle à jouer dans la vie de notre société et qu'ils vont être écoutés, étant la courroie de transmission des remarques ou des besoins des citoyens.

Je vais situer le problème dans le domaine que je connais le mieux, mais ce n'est certainement qu'un exemple parmi tant d'autres : les problèmes d'accessibilité concernant toutes les personnes ''moins valides''.

En 1999, avec quelques amis handicapés visuels, nous avons participé, au ministère de l'équipement, au groupe d'étude de la norme des répétiteurs de feux piétons destinés à indiquer aux aveugles l'état du feu afin qu'ils puissent prendre la décision de traverser la rue au bon moment. Nous avons tous défendu le système avec messages vocaux sur les deux phases du feu piétons. Les réunions, pour lesquelles les fonctionnaires des ministères étaient rémunérés ont duré jusqu'en 2002, sans que nous ayons eu la moindre compensation et en prime, le B.N.E.V.T. et le C.E.R.T.U. ont imposé le message codé sur la phase du vert piétons contre l'avis des bénévoles des associations présentes tout au long de l'étude. Système qui s'avère dangereux mais que les fonctionnaires du ministère en charge du problème ne veulent pas modifier.

Plus récemment, j'ai été nommé par le Préfet du Rhône, représentant associatif au Conseil Départemental Consultatif des Personnes Handicapées, bien entendu toujours bénévole. Et ce C.D.C.P.H. m'a délégué à la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Je suis toujours bénévole.

La M.D.P.H. m'a demandé de faire bénévolement un audit sur l'accessibilité de toutes les ''Maisons du Département''. J'ai accepté puisque c'est notre créneau d'activité, mais comme il y a plus de 40 sites répartis dans tout le département, j'ai demandé que, dans la convention prévue, il soit précisé qu'on me rembourse mes déplacements ou qu'on me transporte. Refus de la responsable : " On ne paye pas les associations bénévoles ". Ce qui se traduit par un constat : le bénévole doit être assez à l'aise pour travailler à ses frais pour l'administration. Vous nous aidez bénévolement, et c'est à vos dépens.

Mais je suis aussi administrateur du Fonds pour l'Insertion des Personnes Handicapées dans le Fonction Publique pour la Région Rhône Alpes. J'ai reçu un dossier pour l'indemnisation des frais de déplacements que j'ai complété et adressé à un service administratif à Bordeaux pour remboursement de mes premiers ''frais de mission''. Rien. Plus tard je reçois le même dossier que je dois adresserà Lyon et redonner les mêmes pièces justificatives qui sont déjà dans le dossier. Je fais ce second dossier, il y a plus d'un an. Depuis nous avons eu au moins cinq réunions et j'attends encore le premier centime de remboursement alors que j'ai dénoncé la situation au cours de plusieurs réunions. Mieux, alors que nous devons recevoir les dossiers à étudier au moins quinze jours à l'avance, pour la dernière réunion, les dossiers ont été envoyés deux jours avant par mail, j'aurais du imprimer 37 pages à mes frais.

Et je ne donne là que mes propres problèmes ; multipliez-les par le nombre de représentants associatifs qui participent à des quantités de consultations à leur frais où, dans la plupart des cas, les organisateurs ne prennent pas en compte leurs observations et vous comprendrez pourquoi le ''bénévole commun'' va bientôt disparaître. Un fonctionnaire valide n'admettra jamais qu'une personne affectée d'un handicap sache mieux que lui (ou qu'elle) ce dont elle a besoin, et surtout s'il a le culot de le dire bénévolement.

Faudra-t-il que ces problèmes récurrents soient présentés à la justice pour que la juste valeur des bénévoles soient enfin reconnue ? A voir.