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C E R T U novembre 2008
Avis aux lecteurs
La
collection Rapports d'étude du Certu se compose de publications proposant
des informations inédites, analysant et explorant de nouveaux champs d'investigation.
Cependant l'évolution des idées est susceptible de remettre en cause
le contenu de ces rapports.
Le Certu publie aussi les collections:
Dossiers: Ouvrages faisant le point sur un sujet précis asse:t; limité, correspondant soit à une technique nouvelle, soit à un problème nouveau non traité dans la littérature courante. Le sujet de l'ouvrage s'adresse plutôt aux professionnels confirmés. lis pourront y trouver des repères qui les aideront dans leur démarche. Mais le contenu présenté ne doit pas être considéré comme une recommandation à appliquer sans discernement, et des solutions différentes pourront être adoptées selon les circonstances.
Références: Cette collection comporte les guides techniques, les ouvrages méthodologiques et les autres ouvrages qui, sur un champ donné, présentent de manière pédagogique ce que le professionnel doit savoir. Le Certu a suivi une démarche de validation du contenu et atteste que celui-ci reflète l'état de l'art. li recommande au professionnel de ne pas s'écarter des solutions préconisées dans le document sans avoir pris l'avis d'experts reconnus.
Débats:
Publications recueillant des contributions d'experts d'origines diverses, autour
d'un thème spécifique. Les contributions présentées
n'engagent que leurs auteurs.
Catalogue des publications disponible sur: http//www.certu.fr
Remerciements
Le
Certu tient à remercier:
- les personnes aveugles et malvoyantes qui
ont accepté de participer volontairement à l'étude;
-
les personnels des services techniques des villes de Grenoble, Lille, Strasbourg
et Valenciennes, et des Centres d'études techniques de l'Équipement
qui ont aidé à sélectionner des sites et participé
à l'étude;
- les instructrices de locomotion pour déficients
visuels qui ont facilité le déroulement de l'étude.
La relecture a été assurée par Benoit Hiron, Patrice Hallet et Frédéric Murard qui sont remerciés pour leur aide efficace.
NOTICE
ANALYTIQUE
N° Production
Organisme
commanditaire: Direction de la sécurité et de la circulation routières
(DSCR)
Titre: Déplacements des déficients visuels en milieu
urbain:
Sous-titre : Analyse des besoins en sécurité, localisation
et orientation et pistes d'évolution
Date d'achèvement: nov. 2008 Langue: Français
Rédacteurs ou coordonnateurs: Pilotage de Maryvonne Dejeammes,
Relecteur assurance qualité: Benoit Hiron, Patrice Hallet, Frédéric
Murard
Organisme auteur: Certu
étude menée par Gérard Uzan et M'Balo Seck,
rédaction Catherine Sidot (Arwen)
Résumé
Aires piétonnes, zones 30, pistes cyclables, réintroduction
du tramway sont de nouveaux concepts
d'aménagements qui visent à
une réappropriation de l'espace-rue par les modes alternatifs à
la
voiture.
La direction de la sécurité et de la circulation
routières a engagé une réflexion sur les zones à
circulation
particulière dans lesquelles le principe de prudence du plus fort sur le
plus faible est
introduit. La place du piéton est renforcée.
Mais il importait dès lors de mieux connaître le ressenti et
le
vécu des personnes aveugles et malvoyantes (P AM) sur les cheminements
qui peuvent s'avérer
difficiles pour elles et d'en dégager des
pistes d'évolution.
Afin d'appréhender cette dimension, le Certu
a confié au laboratoire THIM de l'université Paris
VIII, une
étude réalisée sous forme de groupes de parole impliquant
des volontaires déficients
visuels. Elle a été complétée
par des ateliers ambulatoires sur des sites présentant des configurations
potentiellement
difficiles. Ont pu être relevées et analysées les difficultés
et les stratégies mises en
uvre pour les contourner, mais aussi
les inquiétudes, les souhaits et les suggestions de ces
personnes.
L'objectif de ce rapport est de faire la synthèse des analyses et des
pistes d'évolution adaptées aux
dysfonctionnements ainsi identifiés.
Ces enseignements constituent, pour les collectivités locales et
les
bureaux d'études, des pistes de réflexion et d'actions concrètes.
Remarques
complémentaires éventuelles :
Thème et sous-thème:
Sécurité et circulation routières, piétons et personnes
à mobilité réduite
Ouvrages sur le même thème:
Zone 30, des exemples à partager (2006), Voirie accessible (2008),
Recommandations
concernant les surfaces tactiles au sol pour personnes aveugles ou mal voyantes
(2003)
Mots clés: PMR, voirie, accessibilité, piétons
Diffusion: public Web: oui X non 0
Nombre de pages: 28 Tirage: - Confidentialité:
non Bibliographie: oui
Glossaire
Amers:
Points de repère fixes
BEV : Bande d'éveil de la vigilance
C1
: Conclusion 1 (etc.)
Certu: Centre d'études sur les réseaux,
les transports, l'urbanisme et les constructions publiques
Cete : Centre d'études
techniques de l'équipement
GLO : Gabarit limité d'obstacle. Espace
occupé lors du passage du tramway PAM : Personnes aveugles et malvoyantes
Tactilo-kinesthésique
: se dit d'une perception qui résulte de mouvements actifs d'exploration,
par opposition à une perception passive
Sommaire
1. Besoins des personnes aveugles et malvoyantes et aménagements étudiés
2. Méthodologie
3.
Principaux enseignements
3.1 Sur les stratégies de déplacement
des PAM
3.2 Sur les situations critiques suscitées par les aménagements
ou le partage des espaces
4.
Pistes de réflexion
4.1 Réflexion sur l'élaboration de
nouveaux aménagements
4.2 Sensibilisation et formation
4.3 Exploitation
des nouvelles technologies
Introduction
Le temps où l'on croyait que la ville n'avait d'autre choix que de s'adapter à l'automobile est révolu. Depuis bon nombre d'années déjà, la voirie urbaine suit un processus de transformation progressif basé sur une idée forte: celle d'un usage partagé de l'espace public urbain, où tous les modes de déplacement ont droit de cité. L'objectif est de redonner leur place aux piétons, cyclistes et autres modes doux en organisant une cohabitation harmonieuse et sécuritaire entre eux et la circulation automobile.
Parmi
les étapes importantes de ce processus, on peut citer:
- la création
des aires piétonnes dans les années soixante-dix; le programme expérimental
" Ville plus sûre, quartiers sans accidents ", entre 1984 et 1991
;
l'introduction des zones 30 dans la réglementation française
en 1990 ; plus récemment, le développement des aménagements
en faveur du vélo;
ou encore la réintroduction du tramway dans
plusieurs villes françaises.
Toutes ces mesures et aménagements visent à une réappropriation de " l'espace-rue" par les modes alternatifs à la voiture. Elles contribuent à l'amélioration tant de la sécurité des déplacements que de la qualité de vie en ville.
Précurseurs en ce domaine, la Belgique 1 puis la Suisse2 ont lancé des démarches dites " code de la rue" qui ont conduit à modifier leur code de la route, considéré comme peu adapté à la circulation urbaine.
En France, la direction de la sécurité et de la circulation routières a lancé en 2006 une démarche participative dénommée " code de la rue ". Elle a eu pour objectif d'examiner les dispositions du Code de la route spécifiques au milieu urbain, de mieux les faire connaître et de les faire évoluer de façon à favoriser les modes " doux" de déplacement (piétons, cyclistes, rollers, . .,). Cela vise plus généralement à améliorer la sécurité de déplacement de l'ensemble des usagers de la voirie urbaine.
Parmi les premiers chantiers qui ont abouti à la modification du code de la route en juillet 2008 (décret 2008-754), on trouve:
1
A.R. 4 avril 2003, art. 1er
2 Rapport du Conseil d'Etat M860 - A 6 avril 2005
-
un principe général de prudence du plus fort vis-à-vis du
plus faible (ainsi, le conducteur de camion doit adapter sa conduite et sa vitesse
à l'approche d'une voiture, le conducteur de voiture à l'approche
d'un vélo et le cycliste à l'approche d'un piéton) ;
-
le concept de " zone de rencontre " - zone à priorité
piétonne, ouverte à la circulation de tous les usagers, et où
la vitesse est limitée à
20 km/h;
- la modification des réglementations
concernant les zones 30 et les aires piétonnes;
- le rétablissement
du double sens cyclable dans les rues à sens unique, en zone 30, et dans
les zones de rencontre (sauf avis contraire de l'autorité de police).
La phase " recueil des attentes et propositions des associations ", menée dans le cadre de cette démarche, a fait très clairement émerger que les personnes aveugles ou malvoyantes rencontraient des appréhensions et difficultés sur un certain nombre de cheminements en ville; par exemple lorsqu'il existe des aménagements sans contrastes tactiles ou visuels (uniformité des matériaux recouvrant trottoirs et chaussée par exemple), des pistes cyclables sur trottoir, des rues aménagées tout à niveau (sans bordure de trottoirs), des rues sans passage pour piétons, etc.
Il importait dès lors de mieux connaître le ressenti et le vécu des personnes aveugles et malvoyantes (PAM) sur les cheminements ressentis comme difficiles pour elles et d'en dégager des pistes d'évolution.
Afin d'appréhender cette dimension, le Certu a confié au laboratoire THIM de l'université Paris VIII, une étude réalisée sous forme de groupes de parole impliquant des volontaires déficients visuels. Elle a été complétée par des ateliers ambulatoires sur des sites présentant des configurations potentiellement difficiles ou compliquées. Ont pu être relevées et analysées les difficultés et les stratégies mises en uvre pour les contourner, mais aussi les inquiétudes, les souhaits et les suggestions de ces personnes. Les propositions d'évolutions susceptibles de réduire les inconvénients ainsi identifiés constituent, pour les collectivités locales et les bureaux d'études, des pistes de réflexion et d'actions concrètes.
1. Besoins des personnes aveugles et malvoyantes et aménagements étudiés
T
out déplacement porte en lui des besoins en :
- sécurité
(éviter les accidents de circulation, éviter les chutes et les chocs),
particulièrement pour les PAM ;
localisation (auto localisation: "
où suis-je, sur quoi, entre quoi et quoi ... ? " et halo localisation
" la rue/bâtimentlcommerce/arrêt de transport X est-il bien à
droite/gauche/devant? ") ;
-orientation "( suis-je dans la bonne
trajectoire, la bonne direction, le bon sens ... ? ") ;
-information (<<
qu'y a-t-il autour de moi en termes d'infrastructures / activités / informations
écrites disponibles ... ? ").
Pour cela, le PAM, comme tout autre piéton, prend et exploite durant son déplacement des informations immédiates, qu'il articule avec des règles d'usage de la voirie. Le chien-guide, quant à lui, est éduqué pour jouer son rôle dans un milieu urbain dont il apprend des structures stables, bien codifiées et identifiables. Le danger ou la " perdition" proviennent le plus souvent de la confusion ou de l'ambiguïté des signaux perçus. La difficulté pour le PAM provient du fait qu'il agit en rationalité limitée: il se déplace non pas à l'aide de toutes les informations qui lui seraient nécessaires, mais seulement sur la base d'un certain nombre d'indices (sonores, tactilo-kinesthésiques ou olfactifs) utilisés pour la construction d'une représentation ponctuelle de son environnement.
Les PAM sont donc particulièrement sensibles aux modifications de l'espace urbain.
Cette
étude a eu pour objectif d'analyser la manière dont les PAM appréhendent
leurs déplacements, leurs pratiques et difficultés de repérage
au regard des problématiques et aménagements suivants :
- le
principe de vulnérabilité relative (principe de responsabilité
du plus fort envers le plus faible) ;
- les zones apaisées existantes
avant juillet 2008 (zone 30, aires
piétonnes) avec le trottoir au niveau
de la chaussée;
- les pistes cyclables au même niveau que le trottoir;
-
la circulation des cycles en sens inverse des flux de véhicules;
- la
priorité à la traversée et droit au passage ;
- la présence
de tramways en site partagé ;
- les carrefours sans feux et à
sens giratoire (ronds points).
2
Méthodologie
Pour
la réalisation de cette étude, quatre villes ont été
choisies pour leur volontarisme dans le déploiement des aménagements
concernés :
Grenoble, Lille, Strasbourg et Valenciennes. Dans l'ensemble
de ces villes ont été contactés, en plus d'un panel de volontaires:
quatre chargés d'études des centres d'études techniques de
l'équipement (Cete), quatre instructeurs de locomotion des déficients
visuels et sept ingénieurs des villes.
Pour
chaque ville, ont été réalisés:
un entretien avec
les ingénieurs des villes, les instructeurs de locomotion des déficients
visuels, et les chargés d'études des Cete, au cours duquel ont été
évoqués la problématique de l'étude et les sites à
trouver pour les ateliers ambulatoires;
un groupe de parole d'une demi-journée,
réunissant les PAM et les personnels évoqués ci-dessus; ces
derniers contribuaient en apportant les précisions nécessaires concernant
les aménagements récents dont il était question et la réglementation,
mais aussi en échangeant leurs points de vue avec les sujets participants;
un
atelier ambulatoire d'une demi-journée qui visait à confronter les
participants aux aménagements sur des sites illustrant les axes d'interrogation.
Durant les groupes de parole et les ateliers ambulatoires, les participants étaient appelés à évoquer difficultés, facilités, micro-incidents et suggestions issus de leur retour d'expériences et de la confrontation directe aux spécificités des sites choisis.
Les
quatre groupes de parole ont réuni 48 volontaires dont:
- 11 pour Grenoble,
12 pour Lille, 17 pour Strasbourg et 8 pour Valenciennes ont participé
aux groupes de parole;
- 10 pour Grenoble, 8 pour Lille, 4 pour Strasbourg
et 5 pour Valenciennes ont pris part aux ateliers ambulatoires.
Les caractéristiques
principales de ces panélistes sont: - 30 aveugles et 18 malvoyants ;
-
28 femmes et 20 hommes ;
~ 2 se déplaçant sans canne ni chien-guide,
35 avec uniquement une canne, 9 avec uniquement un chien-guide et 2 avec canne
et chien guide.
Ils
ont été animés selon les séquences suivantes:
-
une séquence générale: pour vous, qu'est-ce qu'une ville
difficile/facile?
- des séquences thématiques, au regard des
axes objets de l'étude.
Les résultats sont issus d'une dynamique propre au groupe de parole. Les données recueillies ont une double valeur: qualitative, avec une volonté d'exhaustivité des thèmes les plus importants pour les volontaires, et quantitative, puisqu'a été mesuré de manière systématique le degré d'adhésion de tous aux propositions de chacun.
Structurées
autour des besoins (sécurité, localisation, orientation) et des
propriétés des équipements, aménagements ou réglementations
(selon qu'ils produisent, accroissent, réduisent ou gomment les difficultés
des PAM), les données recueillies ont pu être réunies dans
quatre tableaux:
- les conditions d'une ville facile;
- les conditions d'une
ville difficile;
- les propositions argumentaires, supports aux points de vue,
en
précisant s'ils sont fortement unanimes, consensuels ou objets de
discussions contradictoires au sein des groupes et pour l'ensemble;
- enfin,
un tableau illustré reprenant les arguments issus de la confrontation au
terrain, arguments composés des verbalisations et observations.
De
ces tableaux détaillés dans le rapport et des entretiens avec les
experts a été dégagée la présente synthèse.
Celle-ci
s'articule en deux points:
1/les principaux enseignements au regard:
- des
stratégies de déplacement des PAM,
- des difficultés suscitées
par des aménagements spécifiques;
2/ des pistes d'évolution
et des propositions d'études.
3. Principaux enseignements
Les
groupes de parole et les ateliers ambulatoires se sont déroulés
avec une participation très active des PAM. Chaque participant s'est exprimé
avec facilité. Cela confirme la validité de la méthode, d'ailleurs
également retenue pour une étude menée parallèlement
en Angleterre et aux Pays Bas sur le même sujet par l'association des chiens-guides
(Guide dog British association-GOBA, 2006).
Cette étude a permis de
mettre en avant d'une part les perceptions et les informations exploitées
par les PAM pour leurs déplacements et les stratégies associées
mises en uvre, d'autre part les difficultés qu'ils rencontrent face
à certains aménagements.
3.1 Sur les stratégies de déplacement des PAM
Le trottoir est un espace de sécurité en raison de l'absence de véhicule. Hors du trottoir, le risque de collision pour les PAM est surtout généré par les autres usagers dont les moyens d'évitement, de freinage ou d'avertissement sonore peuvent être plus ou moins limités, et dont la perception du handicap de l'antagoniste doit être rapide et effective.
Pour les déficients visuels, le risque de collision avec un véhicule est minimisé s'ils se déplacent sur un trottoir classique, sans piste cyclable.
En ce qui concerne la prise d'indices, la meilleure information est obtenue sous les pieds et/ou via la canne par le jeu des alternances de texture entre trottoir et chaussée; elle peut également passer par des indices, signaux ou messages auditifs.
La meilleure orientation est quant à elle, obtenue par le suivi du cadre bâti, de la bordure du trottoir, ou encore de points ou éléments lumineux contrastés (feux tricolores, lampadaires ...
De
manière générale, les personnes déficientes visuelles
adoptent, dans leur mobilité urbaine, des stratégies adaptées
à une infrastructure qu'elles ont l'habitude d'utiliser:
- suivre le
cadre bâti tout en vérifiant qu'elles restent sur le trottoir et
en contrôlant l'absence d'obstacle;
- suivre le bord du trottoir; cela
suppose une bordure de hauteur suffisante et l'absence d'obstacles longeant cette
bordure, tels que potelets, poteaux, arbres, bornes en pierre, bancs ou autres
mobiliers
urbains.
De telles contraintes rendent cette stratégie inutilisable dans de nombreux
endroits, mais quand elle est possible, elle a la faveur de nombreuses personnes
déficientes visuelles utilisant une canne
longue. Les poteaux, potelets,
bornes et autres mobiliers urbains bas et ponctuels de séparation sont
peu signifiants pour l'orientation et source potentielle de chocs et surtout de
chutes;
- rechercher des indices contrastés jalonnant leur trajectoire
ou matérialisant des " frontières" du type changement
de voies ou points d'intérêts; pour les personnes malvoyantes, des
éléments lumineux sont tantôt des " chemins balisés
", tantôt des points remarquables de localisation.
Les chiens-guides ont été éduqués pour privilégier l'espace du trottoir délimité par une bordure et le suivi des bandes blanches pour la traversée piétonne. De façon générale, les chiens peuvent facilement interpréter certaines signalétiques au sol comme un guidage possible pour eux. Les chiens-guides sont d'autant plus pertinents lorsqu'il y a adéquation entre leur éducation et les aménagements qu'ils sont amenés à rencontrer dans leurs déplacements.
De façon générale, toute situation considérée comme source de risque ou de danger sera contournée. Cela se traduira par la recherche d'un autre cheminement ou le recours à l'assistance humaine, autres piétons, aide associative, personne familière, et donc par une perte d'autonomie.
Il convient de synthétiser les difficultés rencontrées par les PAM afin de mettre en uvre des solutions adaptées.
3-2 Sur les situations critiques suscitées par les aménagements ou le partage des espaces
Les aménagements soumis à l'analyse (zones " apaisées", pistes cyclables, double sens cyclables dans les rues à sens unique, présence du tramway ... ) sont fondés sur une vision positive du partage de l'espace entre tous les usagers, mais peuvent produire, en l'état actuel, un effet d'appauvrissement des informations nécessaires au sentiment de sécurité, à l'information et à l'orientation des personnes déficientes visuelles.
Les enseignements des groupes de parole et des ateliers ambulatoires ont permis d'extraire les composantes sous-jacentes aux difficultés exposées, réparties en six rubriques.
C1 : Vulnérabilité
- Les PAM hiérarchisent correctement et facilement l'échelle de vulnérabilité du plus faible au plus fort et donc l'échelle de responsabilité du plus fort au plus faible. Mais ils s'inquiètent de ce que les plus forts ne soient pas informés de leur responsabilité, ou qu'ils ne partagent pas pleinement le principe de vulnérabilité relative, et se sentent par conséquent exposés à un risque de collision que " l'autre ", piéton, cycliste ou véhicule, est le seul à gérer. Ainsi, s'ils intègrent bien le principe de vulnérabilité, les PAM pensent que d'autres usagers tels que les cyclistes peuvent moins bien le faire et ils préfèrent donc des zones distribuées et physiquement délimitées à des zones partagées avec lissage des surfaces.
- Les PAM se demandent comment ils peuvent savoir qu'ils entrent, sont dans ou sortent d'une zone où le piéton est prioritaire. Ils risquent donc de se trouver sans le savoir hors de ces zones.
C2
: Zones à circulation apaisées
On notera que les enseignements sur les difficultés rencontrées dans certaines zones 30 et aires piétonnes sont généralisables à d'autres espaces urbains. Ils pourront donc éclairer les réflexions pour l'aménagement des futures zones de rencontre.
-
Les PAM manifestent une difficulté de construction de l'espace et de localisation
des rues, des bâtiments, des objets et des mobiliers urbains dans les zones
où l'aménageur décide de supprimer la configuration classique
chaussée-trottoirs (effet Colin - Maillard).
- Les PAM ressentent un
sentiment d'insécurité en l'absence de trottoir délimité.
L'homogénéisation des voies par suppression des délimitations
physiques continues, telles que les bordures de trottoirs et les bandes d'éveil
à la vigilance associées aux abaissés de trottoirs dans certaines
zones, entraîne des difficultés plus grandes de localisation et d'orientation
liées à cette insuffisance d'éléments
repères
ou de signalétique au sol.
- Lorsque l'orientation du choix des matériaux
au sol est purement esthétique, elle réduit ou fait disparaître
l'exploitation potentielle des aménagements comme des repères ou
jalons de cheminements et est à l'origine de confusions dans l'interprétation
au sol.
- Le principe d'aplanissement de l'espace, et donc la suppression de
tous les dénivelés, a été retenu dans certaines zones
comme une des solutions les plus appropriées pour l'accessibilité
aussi bien des
" mobiles à pieds que des mobiles sur roues ".
Cependant, ce type d'aménagement suppose une prise d'information essentiellement
visuelle, inadaptée aux PAM. De plus, toutes les délimitations par
plots ou bornes, a fortiori de faible hauteur, constituent une source de risque
de chutes ou de chocs. L'association de surfaces au même niveau et de délimitation
par des potelets ne permet pas la construction d'une représentation de
l'espace à proximité, et donc l'anticipation nécessaire au
déplacement.
Sur cette illustration, le croisement d'une rue n'a été détecté
ni par cette personne, ni par son chien-guide. Le sol est homogène du trottoir
à la chaussée: ni dénivelé, ni bordure, ni changement
de texture. A sa gauche se situe une bande d'éveil de vigilance (BE V),
qui signale un passage piétons, mais la largeur du trottoir est telle qu'en
allant tout droit, la personne ne l'a pas rencontrée. La rue est également
bordée de potelets marron espacés d'environ deux mètres les
uns des autres, dont l'un se situe au milieu de la BE V; la personne passe entre
deux de ces obstacles alors qu'elle s'engage sur la chaussée.
Sur cette illustration, deux personnes équipées de cannes blanches
marchent au milieu d'un large trottoir. Elles ne semblent pas remarquer les poteaux
peints d'un marron uniforme d'environ 80 centimètres de hauteur qui sy
trouvent, et dont la présence à cet endroit n'est par ailleurs pas
évidente.
Sur
cette illustration, la personne aveugle, suivie d'une instructrice de locomotion,
dévie sur sa gauche, sort du passage piétons et s'apprête
à marcher sur la piste cyclable. L'absence de dénivelés et
la faible différence de texture entre trottoir et chaussée et entre
trottoir et piste cyclable mettent la P AM en danger.
\
Sur
cette illustration, on observe un grand espace pour piéton, interrompu
en son centre par une chaussée - un véhicule y circule ~ à
même hauteur que le trottoir. Le seul indice qui permet de le savoir est
son jalonnement de chaque côté de la voie par une série de
potelets anthracite et les changements de texture. L'espace pour piétons
est recouvert de pavés lisses d'un côté et de texture et ton
différents de l'autre côté, la chaussée est quant à
elle faite de pavés à la surface plus irrégulière.
La prise d'indices au sol et par les équipements urbains est difficile
pour comprendre l'organisation de l'espace.
C3
: Piste cyclable au niveau du trottoir et double sens cyclable dans les rues à
sens unique
-
Les cyclistes n'ont pas nécessairement suivi un enseignement du code de
la route et peuvent avoir tous les âges, être plus ou moins expérimentés
dans la conduite urbaine, et ne pas se préoccuper suffisamment des risques
de collision. Les PAM se les représentent souvent comme des personnes faisant
preuve d'imprudence et cherchant parfois à maintenir leur élan aux
dépens de la sécurité des autres. Les cyclistes peuvent par
ailleurs projeter qu'ils sont vus par un malvoyant sans chien ni canne, et donc
reporter la gestion du risque de collision sur le piéton.
- Les pistes
cyclables au niveau du trottoir non matérialisées par un ressaut
et une ligne contraste continue donnent un sentiment d'insécurité.
De plus, les marquages de couleur des pistes cyclables peuvent être interprétés
par le chien guide comme un " rail" de guidage.
Sur cette illustration,
le chien-guide suit le marquage latéral d'un passage piéton, mais
son maître ignore qu'il se déplace sur la piste cyclable et se trouve
en danger.
Sur cette illustration, il n 'y a pas de délimitation entre la partie cyclable et la partie piétonne du trottoir: le revêtement au sol est le même que pour le reste du trottoir, à l'exception de sa teinte, légèrement plus claire. En conséquence, une PAM marche sur la bande cyclable qu'elle ne repère pas comme réservée aux cyclistes. Un cycliste la dépasse par la droite, circulant en infraction sur le trottoir.
Sur cette illustration,
on peut observer une chaussée à sens unique, bordée par une
bande cyclable à contre sens. Le piéton qui est sur le point de
s y engager, concentré sur le bruit de voitures arrivant à sa gauche,
pourrait ne pas entendre l'arrivée d'un éventuel vélo arrivant
en sens inverse en fin de traversée.
- Dans une situation de contresens
cyclable par rapport aux voitures, l'attention du déficient visuel qui
traverse peut être captée par les roulements et moteurs d'automobile,
masquant ainsi auditivement les cyclistes survenant en sens inverse.
- De manière
générale, le silence de vélos qui ne sont pas toujours équipés
de sonnettes est une source d'inquiétude pour les PAM. Aussi réclament-ils
que les passages piétons soient matérialisés en zones 30.
C4 : Priorité à la traversée (droit au passage)
En
zone 30, le fait de pouvoir traverser partout contraint tout individu à
saisir le contexte spatial de sa situation au moment où il souhaite traverser,
tout en " contractualisant " avec les autres individus la gestion du
risque de collision. Cela implique une négociation silencieuse d'anticipation
visuelle réciproque des usagers. Il est donc très difficile ou impossible
pour un PAM de décider quand il peut s'engager.
- La suppression des
marquages de passages piétons et de délimitations de trottoirs désoriente
le chien-guide qui les utilise comme " signal" de traversée ou
de jalonnement. Le chien-guide peut se trouver sous injonction paradoxale (il
doit traverser sans être capable de trouver où).
Les aménagements
parfois utilisés pour ralentir les véhicules ou dans une visée
esthétique rendent la construction mentale de la situation impossible pour
les aveugles.
Sur
cette illustration, une BE V se situe devant la chaussée mais il n·'y
a ni marquages réglementaires de traversées, ni changement notable
de texture, ni dénivelé entre chaussée et trottoirs. Le repérage
est très difficile pour les personnes aveugles utilisant une canne et impossible
pour les chiens guides.
C5:
Voirie partagée en présence de tramways
La
présence du tramway dans les zones apaisées et partagées
pose la question de la délimitation ou matérialisation au sol de
l'espace qu'il occupe à son passage (gabarit limite d'obstacle - GLO) et
produit un mal être, que l'insécurité soit réelle ou
simplement ressentie. En effet:
- le silence ou la composition spectrale (avec
plusieurs fréquences différentes) des bruits de déplacement
rendent difficile l'anticipation de la présence du tramway, sa localisation,
sa vitesse;
- la différenciation entre le sol faisant partie du GLO
et celui de l'espace piéton est souvent perceptible visuellement ou tactilement.
Cela met les PAM en situation d'insécurité, au même titre
que toutes les autres indifférenciations, comme par exemple entre le trottoir
et la chaussée.
Ainsi, les PAM préfèrent contourner les
lieux où passe le tramway. L'optimisation de leur sécurité
et la prévention des accidents se font au détriment de leur autonomie:
beaucoup s'interdisent la fréquentation de ces sites s'ils ne sont pas
accompagnés.
Sur cette illustration, les espaces piétons
- automobiles - tramways sont différentiés par des potelets et les
textures de dalles et pavés. Mais la P AM aurait de grandes difficultés
à les identifier et à se représenter les lieux. Elle cherchera
à éviter de s'y aventurer.
La
matérialisation du GLO par un engazonnement est certes une différentiation
bien perceptible par les PAM mais ne les informe pas ni leur chien guide sur la
présence potentielle d'un tramway.
Sur cette illustration, de la
pelouse matérialise une partie du GLO au sol. Le chien guide y a vu un
lieu d'aisance et y a entraîné sa maîtresse o. ils se trouvent
donc inconsciemment tous deux dans une situation de risque - en cas de survenance
du tramway.
C6 : Carrefours avec giratoire et carrefours sans feux
Les
carrefours avec giratoire, sans feux et en l'absence de rampants en entrée
et sortie sur la chaussée, induisent pour les véhicules une accélération
en sortie. Cela rend difficile et incertaine la traversée des PAM qui la
ressentent comme une prise de risque.
Il en est de même pour les carrefours
sans feux.
Cet aménagement n'a pas été observé
lors des ateliers ambulatoires.
4.
Pistes de réflexion
L'enjeu est ici d'apporter des pistes de réflexion dans le respect des objectifs propres aux aménagements concernés. Développées suite aux échanges en groupe de parole et aux observations lors des ateliers ambulatoires, ces pistes visent à garantir la sécurité, enrichir la prise d'information et permettre des stratégies d'orientations à l'usage des PAM. Elles sont développées sur trois axes.
4.1 Réflexion sur l'élaboration de nouveaux aménagements
Élaboration
d'un guide de recommandations pour l'aménagement des rues
À
destination des autorités responsables ainsi que des maîtres d'uvre,
un guide aurait pour Objet de décrire ce qu'il faut faire (et ce qu'il
ne faut pas faire) lors de l'aménagement des voiries et espaces publics,
en particulier pour le maintien de leur accessibilité à tous dans
le temps.
Nouvelle
signalétique au sol
Pour améliorer la sécurité
et l'orientation de PAM, et compte tenu de la performance constatée des
revêtements podotactiles pour l'orientation, il est important de généraliser
la discrimination des surfaces suivantes:
- la surface trottoir3 ;
- la
surface chaussée;
- la surface d'intersection trottoir/chaussée
eUou entre voies lorsqu'il y a
fusion entre trottoir et chaussée;
-
le GLO;
- les surfaces de délimitation ou de contours.
Dans des aménagements où dominent des composants statiques et minéraux, pourrait être recherchée une meilleure valorisation des matériaux de revêtement, " posés sur" ou " plantés dans" le sol, trop strictement pensés jusqu'à présent en terme d'esthétique et de flux de circulation. Cette valorisation consisterait en une organisation ou sélection des matériaux de revêtement de telle façon qu'ils soient porteurs d'information, facilitateurs dans l'orientation et/ou la représentation mentale de l'espace urbain et de sa distribution.
3 Le trottoir est considéré dans ce texte comme le lieu physique de circulation du piéton à l'exclusion de tout autre usage.
L'exploitation
d'une différentiation podotactile et/ou visuelle devrait, pour être
efficace, s'appliquer à deux niveaux:
- le respect d'une constance de
propriétés tactiles et visuelles pour de mêmes zones ou limites
de zones, dans une même agglomération, et mieux encore sur l'ensemble
des communes;
- un contraste de confort au sens ergonomique (n'entraînant
pas de fatigue) et non un contraste au seuil de sensibilité perceptive.
Un groupe de travail et de recherche pourrait être réuni dans ce sens.
Par ailleurs, une signalétique horizontale pourrait progressivement être substituée à la signalétique verticale par potelets. La charge mentale nécessaire pour les éviter s'en trouverait réduite et la sécurité des PAM accrue.
Reprise
de la réflexion concernant la délimitation ou la matérialisation
du GLO du tramway
Une
recherche sur la nature podotactile de la surface en espace partagé permettrait
au PAM une meilleure visualisation mentale de l'espace dédié au
tramway (GLO) et faciliterait un positionnement plus sécuritaire et plus
serein du PAM. En cas de survenue d'un tramway, le revêtement pourrait même
aider les PAM à maintenir leur orientation par rapport au GLO et à
accélérer leur sortie.
La reprise de l'initiative du Certu concernant
la caractérisation précise de la surface du GLO pour l'ensemble
des territoires, en différenciant éventuellement les parties sites
propres et les parties partagées, apparaît souhaitable. L'homogénéité
ainsi obtenue pourrait faciliter l'exploitation des lignes et accroître
la sécurité des piétons, et tout particulièrement
celle des PAM.
4.~ Sensibilisation et formation
Sensibilisation
-
Sensibiliser l'ensemble de la population, en communicant sur les problèmes
rencontrés par les déficients visuels en milieu urbain: cette communication
pourrait prendre la forme d'une sensibilisation dans le cadre scolaire ou encore
de campagnes publicitaires.
- Informer l'ensemble des usagers de la rue des
problèmes rencontrés par les PAM, et tout particulièrement
les personnes susceptibles d'occuper la voirie avec divers équipements
(tables, chaises, étalages, " deux-roues}) stationnés, poubelles
déposées) telles que les commerçants, ou gardiens d'immeubles.
A
cet effet, quelques règles de bonnes pratiques pourrait être définies
dans l'utilisation de
l'espace public et le partage des rues par les différents
usagers (commerçants, piétons, conducteurs, riverains ... ).
Formation
-
Créer ou renforcer des modules de formation appropriés pour certains
acteurs tels que les traminots, conducteurs de bus ...
- À l'occasion
des enseignements et des examens relatifs au code de la route pour le permis de
conduire, incorporer dans les diaporamas simulations et questions relatives à
des situations où certains des acteurs sont handicapés.
- Organiser
un groupe de travail avec les principaux acteurs de l'éducation des chiens-guides
(directeurs d'école, maîtres chiens, instructeurs de locomotion,
éthologues ... ) afin de former les chiens et les binômes chiens
- PAM à de nouveaux repères. Les chiens guides pourraient être
formés à repérer certains aménagements tels que les
pistes cyclables.
- Former les personnels permanents d'entreprises intervenant
sur la voirie et les espaces publics aux principes d'aménagement répondant
aux besoins de l'ensemble des personnes en situation de handicap; mettre l'accent
sur les handicaps qui sont moins immédiats à appréhender
(par exemple personnes handicapées sensorielles).
4.3 Exploitation des nouvelles technologies
Les
déficients visuels recherchent, lorsque c'est possible, à disposer
d'une information auditive pour s'informer sur leur environnement, s'en faire
une représentation mentale et agir avec ces informations en toute sécurité.
Les
technologies de l'information et de la communication (TIC) peuvent être
exploitées comme vecteur de ré-enrichissement informationnel et
d'assistance à l'information. Bien que nous ne les ayons pas vus sur les
sites visités, le déploiement encore embryonnaire d'une signalétique
active via des équipements combinant affichage visuel, diffusions radios
fréquences (Wifi, Bluetooth) ou diffusions sonores d'informations précises
et actualisées pourra être un vecteur de ré-enrichissement
de l'information.
Ces informations seront en particulier d'ordre sécuritaire ou " logistique" (noms de rues, numéros de bâtiments, arrêts de transports, situation de travaux ... ). Les équipements en infrastructure auront pour contrainte d'avoir de faibles coûts d'installation, de fonctionnement et de maintenance, et disposeront d'une autonomie énergétique la plus longue possible.
ANALYSE et COMMENTAIRES DE L'UNMV
(Précision demandée par le CERTU pour le cas où vous ne l'auriez pas compris)
L'analyse prendra en compte les références du texte ;
3
Principaux enseignements
Il a fallu attendre 2009 en France pour faire
''comme'' les Anglais alors que les associations de personnes handicapées
réclamaient une telle étude depuis plus de 10 ans. Enfin, on constate
que les ''professionnels'' qui se prétendent ''Experts'' ont besoin des
avis des intéressés. Que de temps perdus !
C1
Vulnérabilité
Il y a longtemps que nous signalons les problématiques
évoquées, mais les responsables des aménagements urbains
n'ont jamais voulu nous écouter. Notre analyse révélait exactement
ce qui était une évidence que les ''professionnels'' ne pourront
plus ignorer.
C2
Les zones apaisées
L'inventeur des ''zones apaisées'', urbaniste
néerlandais un peu farfelu, est parti d'un postulat : les personnes handicapées
ou âgées n'ont rien à faire dans la rue ; elles n'ont qu'à
rester chez elles et ne pas encombrer la voirie. Si on veut imposer cette manière
de considérer les moins valides, les règles de la Constitution admettent
que les citoyens doivent être égaux et donc que les moins valides
ont les mêmes droits de circuler que tout un chacun. Le droit de se déplacer
en toute sécurité doit être garanti pour tous.
L'U N M
V qui regroupe tous les types de handicaps fait remarquer qu'une circulation automobile
dans les zones apaisées émettra douze à vingt fois plus de
gaz d'échappement que dans une circulation à 50 Km/h car il faudra
6 à 8 fois plus de temps pour parcourir une même distance en raison
des arrêts pour laisser la priorité aux piétons et le moteur
tournera plus car le rapport de vitesse sera inférieur. Les riverains de
ces zones, déficients respiratoires, asthmatiques ou cardiaques devront
se calfeutrer en milieu étanche pour ne pas aggraver leur handicap. Mais
ce problème est volontairement ignoré pour arriver aux fins prévues
par les protagonistes d'un système qui rejette les handicapés. Une
telle circulation ne sera possible que lorsque les moteurs électriques
auront remplacé les moteurs thermiques. Et encore faudra-t-il tenir compte
du silence de cette motorisation qui ne permettra plus aux aveugles d'entendre
la circulation de ces véhicules. Et que de gaz à effet de serre
en plus ! Il n'y a pas d'écologistes au C E R T U ?
C3
pistes cyclables
La piste cyclable sur les trottoirs est la pire des hérésies
en matière d'urbanisme. Le code de la route limite à 5 Km/h la vitesse
des cyclistes sur les pistes cyclables installées sur les trottoirs. Qui
respecte cette limite ? Personne. Et comment les aveugles sauront qu'ils marchent
sur une piste cyclable ? Le bon sens serait-il absent au C E R T U ?
C4
Zones 30 et zones apaisées
Comment indiquera-t-on aux aveugles qu'ils
se déplacent dans de telles zones ? Nos urbanistes et ''professionnels''
n'ont jamais trouvé la réponse. Peut-être qu'en leur enlevant
tous repères à leurs déplacements ils n'y viendront plus
et libèreront de la place !
C5
Les tramways
Actuellement, les convois doivent respecter le code de la
route, s'arrêter aux feux rouges ou obéir aux ordres de l'agent de
la circulation. En compliquant les traversées piétonnes des voies
du tramway comme on le fait actuellement, les PAM sont pénalisés
comme il est dit dans le document de référence, alors qu'une traversée
piétonne ordinaire, comme celle de la partie routière est bien plus
sécurisante. Il y a donc obligation de doter toutes les traversées
piétonnes de voies du tram par des feux de circulation, équipés
de répétiteurs à messages vocaux explicitent, si on veut,
bien sûr, considérer les handicapés visuels comme des citoyens
à part entière. Les tram étant de plus en plus silencieux,
c'est toute la population qui se sentira plus sécurisée.
C6
Giratoires et carrefours sans feux
Il n'y a pas que les PAM qui éprouvent
des craintes dans ces cas, l'incivisme des automobilistes français met
en danger tous les piétons utilisateurs de ces traversées. Sans
copier le système québécois qui prévoit un stop à
toutes les arrivées dans le carrefour, il serait opportun de placer un
panneau clignotant ''Priorité piéton'' aux entrées du carrefour
qui serait activé par le piéton au moyen d'un bouton poussoir ou
de la télécommande de l'aveugle. Le panneau clignotera toute la
durée de la traversée à une seconde par mètre de largeur
de la chaussée. Il conviendra aussi que les abaissements de trottoir et
les passages matérialisés soient obligatoires dans les giratoires,
beaucoup de ceux-ci, en périphérie de ville n'en sont pas équipés.
COMMENTAIRES
Il y a lieu de rappeler des notions de base connue mais souvent ignorées ou inappliquées. La largeur libre d'un trottoir doit être de 1 mètre 40. Le trottoir est réservé aux piétons. S'il le permet, des emplacements peuvent être concédés aux commerçants pour y installer leurs activités, des arrêtés municipaux précisent les conditions exactes
Un marquage au sol, de préférence à partir de la bordure du trottoir, délimitera cette largeur libre de tous obstacles. On apposera sur le milieu de cette largeur le monogramme symbolisant le handicap afin de sensibiliser la population. Les PAM seront plus à l'aise que dans le gymkhana qu'ils doivent inventer pour éviter les obstacles.
Le problème des potelets, inesthétiques et dangereux a été résolu dans certaines villes qui ont préféré les barrières qui empêchent les véhicules d'empiéter sur le trottoir pour stationner et sécurisent les piétons. Elles permettent aux PAM de se guider. Il est donc impératif, pour le bien de tous d'avoir recours aux barrières et d'identifier une largeur de trottoir obligatoirement libre de 1m40.
Le problème des poubelles est illustré par la photo de la page 20. Je connais ce lieu pour l'avoir photographié. La bande podotactile en béton fait partie du trottoir, elle est, en effet en face de l'ancien passage piétons qui a été déplacé d'environ dix mètres et la ville a ''oublié'' de faire disparaître la bande. Un meulage simple suffisait pour effacer cette bande. Mais le souci de cette ville ne semble pas attaché aux déplacements des personnes moins valides, les containers à ordure séjournent en permanence sur les trottoirs, même sur les artères principales.
Pour ce qui est des zones trente ou apaisées, le décret du 30 juillet 2008 ne stipule pas qu'il faille supprimer les passages piétons matérialisée ni les feux de circulation ni les trottoirs. Plusieurs lettres des responsables ministériels le soulignent, ce n'est que les ''préconisations'' du C E R T U , émises avant le décret qui ont amené des villes a créer des difficultés de circulation pour les personnes handicapées visuelles et les moins valides. Il faudra bien que ces villes remettent de l'ordre dans leurs équipements non conformes pour respecter l'article 45 de la loi 2005-102.
Dans ce rapport, deux points n'ont pas été étudiés : les zones uniquement piétonnes, sans trottoirs, avec une multitude de mobiliers urbains et le stationnement sauvages de véhicules de toutes natures. C'est vraiment pour les aveugles un parcours du combattant. Mais aussi les déplacements de nuit pour les malvoyants. L'éclairement des lieux est un point essentiel, tous les faisceaux lumineux provenant du sol éblouissent les malvoyants et les transforment en aveugles. Mais les ''professionnels'' ne peuvent même pas l'imaginer.
Une remarque sur le point 4-3. Le rapport reconnaît que les informations verbales sont indispensables aux déficients visuels pour se situer lors de leurs déplacements, se guider, comprendre la circulation dans les lieux où ils transitent et pourtant c'est la responsable du C E R T U qui a imposé aux aveugles les messages codés des feux de circulation, contre l'avis des aveugles autonomes qui faisaient partie du groupe d'étude des répétiteurs de feux piétons qu'elle était chargée d'animer, et qui réclamaient les messages parlés qui existaient avant l'arrêté du 8 avril 2002 Prise de conscience un peu tardive !