FECAMP - Ville" Orange "
Article paru dans le PROGRES de FECAMP du 30 octobre 2007
Fecamp: Martine
Aubé a organisé un repas dans le noir aux Terre-Neuvas, la semaine
dernière,
pour sensibiliser le public à la vie des malvoyants.
Martine Aubé est la déléguée locale à FECAMP
de l'Union Nationale des Moins Valides.
Cela commence comme un tableau de Bruegel.
Les invités arrivent par petits groupes, les yeux bandés, se guidant
mutuellement en tenant l'épaule de son voisin
Seule la tête de file
est voyante, pour ne pas finir dans une chausse-trappe ou une rivière
à l'instar de " La parabole des aveugles " du maître
hollandais.
Puis c'est l'installation à table: apprivoiser sa chaise, la table, tout
d'abord son rebord, puis l'assiette, les couverts et les verres.
" C'est
simple ", explique Martine Aubé, l'organisatrice de cette soirée,
elle-même non-voyante depuis 17 ans, " comme dans un avion, on
raisonne géographiquement à l'aide de la pendule : les verres
sont à midi, les couteaux à 3 heures et les fourchettes à
9 heures ".
L'ouïe et le toucher
0n rit beaucoup, on parle fort, on touche
son voisin.
Sans la vue, l'ouïe et le toucher deviennent absolument nécessaires.
On tâtonne jusqu'au centre de la table pour s'emparer d'un petit four.
Jusqu'à mettre les doigts dans la crème.
Quelques verres font
les frais des plus novices.
Maud et GuilIaume Lenoir, les propriétaires
du restaurant Les Terre-Neuvas, en sont à leur troisième soirée
dans le noir à Fécamp.
Eux aussi ont appris les gestes élémentaires
du service pour les malvoyants ; servir toujours du même côté,
annoncer sa présence et ses gestes, être attentifs à une
main qui se lève pour une demande particulière.
A-t-on composé
un menu spécial pour cette soirée? " Pas du tout "
répond Guillaume, " les organisateurs ont choisi un menu et n'ont
occulté aucune difficulté ".
L'entrée arrive sur table; assiette nordique, ses poissons fumés
et
ses crevettes à décortiquer.
Mais derrière leurs
masques, les invités ne savent pas encore ce qu'ils vont manger.
Le toucher
et l'odorat ; certains pataugent dans leur assiette, d'autres reniflent sans
retenue son contenu.
Pas de problème de savoir-vivre, personne ne se
voit.
Concentration
" La difficulté est de rester
constamment concentré "; commente un des convives.
" Sans cette concentration obligatoire, on se perd, on se noie rapidement.
C'est au travers d'un tel repas, d'une expérience vécue, que l'on
peut appréhender la vie d'un malvoyant.
Mais cela reste festif, on est
entre nous, on s'amuse, on mange de bonnes choses.
On ne découvre qu'un
aspect des problèmes quotidiens des mal voyants, on imagine mal encore
tout ce qui peut changer dans une vie à cause de ce handicap.
"
Pari gagné pour Martine Aubé qui se bat depuis des années
pour apporter plus de confort quotidien aux malvoyants à FECAMP.
Ce soir, près de soixante personnes ont participé à ce
repas dans le noir, dont certains professionnels de la santé
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